Barbe-Bleue et son temps
(autour de 1866)

Avant:

De 1864 à 1870, ce fut le trio " infernal " Offenbach, Meilhac et Halévy, souvent appuyé par le talent et les " débordements " de l’exquise Hortense Schneider qui éclaira les dernières années d’un Empire dont les fastes apparents masquent l’état de délabrement réel.
La Belle Hélène (Variétés, 17 décembre 1864) fut un triomphe pour les auteurs et son interprète, Hortense Schneider (Hélène).

Pendant:

Dès la première représentation, le 5 février 1866, Barbe-Bleue est également un succès, malheureusement éphémère. Mais on y trouve la satire du pouvoir qui commença dans Ba-Ta-Clan et dans Orphée. Le Roi Bobèche, tyran stupide et colérique, et le Comte Oscar, mesquin et arriviste, font peut-être allusion à Napoléon III et au Duc de Morny, son frère adultérin et grand dandy, maître de cérémonie des fêtes impériales. Outre ces personnages, Offenbach semble avoir mis de lui-même dans Barbe-Bleue, lui-même extravagant, insatiable et un peu inquiétant. Boulotte, est une fille délurée, pleine de jeunesse et de vitalité, dont on pourrait imaginer qu’elle symbolise l’opérette, par sa “bonne et grosse vertu”.
La critique est diversement partagée à l’époque, mais on peut en retenir, dans l’article de Paul Lacôme, la phrase suivante: “Aussi bien tout Paris, tout son Paris chante-t-il depuis douze jours le refrain “Je suis Barble-Bleue, ô gué”, et la “Ronde des Courtisans”.
Hortense Schneider est aussi brillante à la scène avec Boulotte qu’avec la Belle Hélène. Les librettistes lui donnent ce nom dû au récent embonpoint de la chanteuse. Offenbach lui dédie la partition parue chez Gérard avec ce sizain digne d’un Gainsbourg du 19e siècle: Tu m’fais plaisir et pas de peine / Quand tu joues la belle Hélène / Mais surtout c’qui m’ravigote / C’est quand tu chantes Boulotte / Tu es la seule vraie Schneider / Et moi j’suis ton auteur for ever.

Après:

Le 31 octobre, en prélude à la grande Exposition Universelle de 1867, La Vie Parisienne (avec Zulma Bouffar) déchaînera l’enthousiasme du public au théâtre du Palais Royal.
1868 est l’année de La Périchole avec la toujours irrésistible Hortense Schneider. On citera encore, au cours de cette période Les Brigands qui n’a pas gardé, à tort, la même notoriété que les ouvrages précédents.
Compte tenu de ses origines, Offenbach sera injustement calomnié au cours du conflit franco-prussien. Il se réfugiera un temps en Espagne avec sa famille.
Revenu en France au cours de l’été 1871, il se remettra immédiatement au travail.


Notes tirées de “Jacques Offenbach” de J.-C. Yon, éd. Gallimard,
ainsi que du site internet de la Revue “Opérette”,
Christian Baur, 29 janvier 2003